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par André Ricard (dit «le Rafiot») navigation 51

Je connaissais assez bien Rimouski avant de m’y inscrire à l’École de Marine (appellation EMR, en 1950). Bien avant, en 35, j’avais fait un séjour estival avec mes parents au Rocher-blanc : l’eau du Fleuve était si pure et si claire que nous pouvions récolter des moules sur la plage et en faire un festin au souper. Au large, nous observions les bateaux qui nous étaient déjà familiers, comme les Empress et les Cunard, allant ou revenant de Pointe-au-père : une station de pilotage très achalandée pour le temps.

À mon entrée à l’École de Marine en 50, je retrouvais Rimouski encore éprouvée par un incendie, comme il en avait été lors de mon entrée chez les Ursulines en 36. A ce moment-ci j’étais profondément choqué par l’atmosphère de désolation qui régnait dans une large partie de la ville. A l’École Technique, la résidence attitrée des nouveaux cadets, le butin sauvé du feu, trainait partout… Quelle désolation!

Heureusement, la rencontre avec les« bleus» m’était d’un grand réconfort d’où naquit une solidarité estudiantine très salutaire. Les cours de navigation, l’entrainement pratique à bord du « Saint-Barnabé » et le voisinage des quais enflammaient l’attrait pour ma future carrière. Ajoutons à cela les nombreuses balades en région grâce aux relations extra-murales. Ainsi je pus notamment voir et toucher une baleine agonisante à Sainte-Flavie, recueillir un enfant blessé à Sainte-Luce et retrouver le chalet de ma tendre enfance au Rocher-blanc. Là, j’eus un choc quand je foulai la plage de mon enfance polluée au point qu’on avisait impérativement de ne pas y cueillir les moules.

Si nous parlions du prestigieux navire-école, le Saint-Barnabé 1? Le seul d’un trio d’ex-«Fairmiles» cédé au EMR pour entrainement de ses cadets, qui finit ses jours mémorables en beauté au port de Rimouski. De ces anciens garde-côtes acheminés vers le Bas-Saint-Laurent, l’un d’eux aurait été vendu en cours de route, un autre se serait échoué sur une ile au Bic et le dernier, rentré à bon port suite à une importante transformation au chantier «Filion» de l’Ile-d’Orléans : On disait que de généreux mécènes y étaient pour quelque chose. Durant la seconde guerre, ces Fairmiles étaient mus par deux moteurs Packard, type 12 en ligne. Notre navire-école l’était par deux fringants «Buda». Un copain précédemment promu de l’École et responsable de ma présence dans le milieu pourrait affirmer ou infirmer mes dires, puisqu’il avait déjà figuré dans une publicité monstre concernant l’enseignement maritime à Rimouski.

Oh oui!... Ils s’en est passé des choses sur ce navire. Un aumônier préférait sa soutane à l’uniforme et intervenait, même dans le choix des escales. Il était devenu, ipso-facto, un intrus parmi les membres de l’équipage et victime d’une certaine antipathie. Puis cet évènement qui s’est produit au cours d’une excursion en mer avec visiteurs et que j’ai toujours en mémoire, où un enfant emporté par une lame fut saisi et sauvé, in extremis par un copain.

Il se produisait tant de moments agréables, en navigant ou visitant les ports, que j’en garde encore le souvenir du nettoyage des cuivres, des quarts à la barre, de l’arome de billes d’épinette arrimées sur les ponts de « goélettes» et des découvertes d’us et coutumes disparates à chacune des escales.

andre-ricardAu milieu de ma première année d’étude, je me joignais à un groupe de mes confrères qui venait d’aménager dans un logis de la rue Sainte-Marie. Dans cette mansarde, je me sentais «carabin», en faisant partie d’un cercle d’amis fort délurés et aux personnalités diverses : tous, n’avions qu’un seul but, celui de réussir. Je ne peux passer outre la contemplation des plus beaux couchers de soleil au monde dont les couleurs orangées et pourpres coloraient l’appartement. Bien que nous considérions le temps d’étude comme prioritaire, celui de la dégustation de la tarte au sucre et café était sacré et valait bien le déplacement au Gourmet, tous les soirs à 20:00.

Pendant ce temps, l’EMR avait entrepris l’érection d’un nouvel édifice qui devait répondre aux demandes d’Inscriptions et surtout, de l’intégration de ses cadets sous un même toit, afin de leur imposer une discipline quasi militaire. Dès septembre 1951, le 167 de la rue Saint-Louis devenait le haut lieu de l’enseignement maritime au Québec. La nouvelle EMR conservait ses liens avec l’École Technique pour ce qui était du bureau d’administration et de la piscine, puis avec le Séminaire pour le réfectoire : hé bien, ce voisinage engendrait parfois de la bisbille!...

Un chanoine d’un très grand mérite, doté d’un caractère impétueux, empruntait assez souvent le tunnel, sous la rue Saint-Louis, pour nous semoncer; une fois, notamment, à outrance, par des palabres et gesticulations à décrocher une chaire d’église. En 1950, c’était l’Année sainte : les prédicateurs qui veillaient sur la modestie chez la femme, avaient parfois l’obsession de la chair.

andre-ricard2La routine établie dans la nouvelle maison convenait aux élèves. La tenue vestimentaire se résumait à porter le «kaki» aux journées d’étude et le «bleu» aux jours fériés. Le règlement exigeait la course, au lever. En hiver comme en été, la tenue de course était le short et la camisole. À leur uniforme, les cadets affichaient le demi-galon aux manches, ce qui leur accordait beaucoup de responsabilité mais peu d’autorité : un petit velours ostentatoire, en fin de compte.

Même si la dernière année d’étude en navigation nous captivait à tout point de vue, je n'en ai guère souvenance. Parmi les quelques activités mondaines et protocolaires, seuls la copieuse dégustation de homard au Bic, le salut d’honneur à la princesse Élizabeth lors de son passage officiel à Rimouski et la cérémonie du onze novembre au cénotaphe dédié aux soldats morts à la guerre, me reviennent en mémoire. À l’automne nous montions à bord du Saint-Barnabé et mettions le cap vers l’historique chantier «Filion» de l’Ile-d’Orléans, pour le désarmer en vue de l’hiver. Ce chantier aurait été rasé en 70, victime de l’imposition d’un extravagant compte de taxe municipale, selon son propriétaire. La dernière session d’étude me cloua au pupitre : dans l’espoir d’obtenir mon diplôme de la promotion 1951, je dus travailler avec acharnement. C’est donc avec un petit «succès» que je l’obtenais.

Au revoir, chaleureux confrères qui pour moi, le serez toujours!

Le Rafiot
André Ricard, gradué 1951

 

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