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Par André Ricard, navigation 51

En quittant le «Sainte-Adresse», affrété hebdomadairement au transport de 40°000 caisses de bière vers la Côte-Nord, je me dirigeai vers Rimouski pour occuper un poste d’officier de discipline à l’École de Marine. Ce sont deux collèges qui m’avaient proposé d’y appliquer afin que je puisse saisir l’opportunité d’y enseigner un jour.

Avant de relater mon quatrième stage à Rimouski, disons un mot concernant ce caboteur au triste destin. C’était une belle voiture d’eau blanche à la silhouette d’un sabot hollandais; sans doute parce que sa coque avait été mise en chantier en Hollande. Au début de la deuxième guerre, les allemands l’ont touée à Sainte-Adresse pour la transformer en aviso*. Mais à la fin des hostilités, la coque, se trouvant toujours en cale-sèche en France, fut aménagée en bateau de pêche au phoque et mit le cap vers les bancs de Terre-neuve. Pour une raison quelconque, le phoquier fut mis en vente sur le territoire canadien et ses acquéreurs, résidants de Cap-Chat, le transformèrent en un cargo côtier. Jouissant d’un contrat d’affrètement de bière vers la Côte-Nord, les armateurs pouvaient compter sur quelques années de prospérité.

Sainte-Adresse échouée sur les baturesDès que je montai à bord, je réalisai que la vie de marin serait ardue et… elle le fut! Je ne m’en suis jamais plaint par manque de temps d‘y penser. Le premier maître était un de ces durs issu de la navigation à voile : il savait nous faire trimer du lever au coucher du soleil. J’ai découvert chez lui un don extraordinaire de conteur. Durant les quarts de timonerie, il me racontait ses exploits de moussaillon avec tant de verve que j’oubliais nos chicanes : dommage qu’un réalisateur de télé ne l’ait pas entendu. La vie dure vécue sur ce bateau me fut salutaire : merci, à tout l’équipage …et adieu bateau!... Puisqu’un an plus tard il s’échouait sur l’Ile-Penchée**. Que de faits cocasses seraient à relater concernant son existence un peu trop courte!


Je reviens au poste de surveillant d’élèves que J’occupai durant cinq années, de l962 à 1967, à l’École de Marine (encore nommée ainsi à mon arrivée). Les promus de cette époque se rappelleront des officiers de discipline, plus ou moins sévères. En ce qui me concerne, je savais, sciemment, que le métier pouvait engendrer des heurts. Je pense encore à certains incidents dans lesquels je fus impliqué et malgré cela, je retiens un agréable souvenir de cette fonction. Les visiteurs, marins ou autres, de passage à l’École (nouvellement désignée: Institut de Marine par le MEQ), devaient se présenter à notre local pour signaler leur venue. C’est donc là que surgit l’idée de convoquer les anciens à Rimouski pour une journée festive. Je m’engageai à effectuer un sondage sur cette possibilité et le résultat se révéla positif : à l’unanimité, tous attendaient cette invitation. Puis l’impossible se produisit : la fête eut lieu en cette année 1963. Grâce à la collaboration des étudiants et du corps professoral, elle fut d’une telle réussite que les Anciens en profitèrent pour fonder l’Association actuelle, devenue AGGIMQ.

Afin d’assurer une suite logique à ce grand avènement je proposai à la direction de l’Association de publier un petit journal qui s’adresserait d’abord aux gradués puis à la gente maritime. Une feuille de chou fut tirée le mois suivant à cinq cents exemplaires lesquels furent distribués au pays et à l’étranger. Ce périodique parut jusqu’en 1966 : à l’époque où l’MEQ entreprit de déménager la direction de l’Institut à Québec. Par la suite, survint le décès d’une collaboratrice que je dus conduire en terre, à Sainte-Luce-sur-Mer. Ces deux évènements provoquèrent des remous à la rédaction du journal, qui décida de mettre L’Escale en veilleuse. Comme résultat, ses biens légaux et matériels furent confiés à la Direction de l’IMPQ (Institut maritime de la Province de Québec) à Québec.

Coïncidence, quand je quittai Rimouski en 1967, ce fut pour m’embarquer sur L’Escale, le bateau-théâtre***.

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* Aviso : vedette ou bateau de peu de tonnage destiné à distribuer les messages et le courrier au sein d’une flotte navale.
** L’île Penchée se situe presque en face des Escoumins.
*** L’Escale était un ancien traversier de Sorel (leLucien Cardin) converti en théâtre flottant. Sa tournée de 1967 fut de Montréal jusqu’à Rimouski, puis de Montréal à Belleville, Ontario.

 Dans le livre Les Naufrages au Québec au XX siècle, par Samuel Coté, en pages 102 et 103, l'histoire de l'échouage du Sainte-Adresse est relatée...
sainte adresse naufragelivre

 

 

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